A ma première venue à Bondy, je ne sais pourquoi, j’ai trouvé une certaine quiétude dans cette ville. C’était un soir de septembre. Les gens sortaient du RER et se rendaient chez eux, indifférents à l’atmosphère singulière qui régnait sur la place de la gare. Quelque chose était différent, nous n’étions plus à Paris, tout allait moins vite et ?a n’était pas moins agréable.
Il me fallut peu de temps pour comprendre que la différence allait bien au-delà d’une simple désynchronisation rythmique. Résider à Bondy, c’est l’éventualité de vivre différemment qu’à Paris. Pavillons, grands ensembles, résidences en copropriétés, quel que soit le mode d’habiter, ils sont tous issus de fa?ons de penser le rapport entre ville et nature, propre à une époque. Et s’ils ont été construits à Bondy, c’est parce qu’ils n’avaient pas leur place en ville.
Difficile de vivre dans un parc, avoir un carré de jardin, ou un appartement avec terrasse dans Paris. A Bondy c’est déjà plus envisageable. Et même si l’architecture de cette ville n’est pas dernier cri, elle n’est pas pour autant obsolète et offre de nombreuses commodités de la vie domestique. Qui ne rêve pas, à l’arrivé des beaux jours, de passer son dimanche au soleil, sans avoir à se déplacer dans un parc et avoir un inconnu à deux mètres de soi qui lorgne vos moindres faits et gestes ?
Ou alors, faire un barbecue et manger ses grillades chaudes sur une table mi-ombre, mi-soleil ? Alors qu’en ville la patience est de mise avant d’avoir la chance de s’asseoir autour d’une table qui n’est guère plus large que l’assiette, pour manger une grillade qui termine de cuire par les réverbération du bitume et dont l’assaisonnement et ajusté par les particules des gaz d’échappements du scooter qui était garer devant vous.
Outre les commodités de vie que nous pouvons plus facilement acquérir à Bondy, il s’agit d’un territoire à fort potentiel de projets. Les opportunités ne manquent pas en réalité. La banlieue possède d’une manière générale une certaine souplesse. Elle peut encore avoir les désirs les plus fous et assouvir ses envies les plus inconsidérées, céder à ses pulsions et faire les choses qui ne sont plus possibles en ville. C’est dans cette perspective que nous avons engagé notre projet.
Le but n’est pas en effet de coller une nouvelle hygiène de vie qui viendrait lisser et stériliser le champ des possibles qui caractérise tant ce territoire. Quel urbanisme pourrait alors pérenniser la liberté d’entreprendre et la faculté qu’a la banlieue à muter sans cesse ? Quel urbanisme est susceptible de laisser la libre expression des désirs et envies des habitants ?
Osons imaginer que Bondy invite la campagne à vivre à ses cotés. Chose inenvisageable à Paris intramuros, Bondy s’offrirait le luxe de nourrir ses habitants. Cela ne signifie en aucun cas que nous imposions aux Bondynois un devenir d’agriculteur urbain. Mais il faut admettre que la campagne et ses vastes espaces, en plein c?ur des grands ensembles ou sous l’autoroute, serait un sacré pied-de-nez fait à la ville.
Laissons encore notre esprit divaguer et imaginer que soudain, certains urbains en mal de nature, soient presque jaloux de la qualité de vie que l’on trouverait à Bondy. Quelle qu’en soit l’échelle, un projet tel que celui-ci permettrait aux habitants de prendre en main leurs espaces quotidiens et ainsi de se projeter dans le devenir de leur ville. L’espace agricole est une substance malléable, à l’avenir encore ouvert. On peut alors imaginer qu’en manipulant la terre, on décide de soi-même ce à quoi pourrait ressembler Bondy. En un certain sens considérer le territoire comme la matière première, le modeler comme bon nous semble dans le but de faire fructifier ses atouts et lui donner progressivement les valeurs qu’on estime.
Bref, je crois que ce qu’il faut retenir de cette utopie réaliste, c’est que le territoire de Bondy est en devenir. Lequel ? Je ne sais pas. Peut-être celui d’une cité urbano-agricole. Mais je pense que cette étrange atmosphère, ressentie la première fois que je me suis rendu à Bondy, est liée à cette substance indéterminée qui fait que tout semble possible.
Pierre-Yves Laurent
chopard montres
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